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Victor Hugo, 2002, bicentenaire de sa naissance

A Albert Dürer

Dans ce poème de 1837, du recueil "Les voix Intérieures", Hugo nous communique le frisson qu'il éprouve devant le mystère de la nature. Le peintre et graveur allemand A. Dürer (1471-1528) est pour le poète un visionnaire qui l'aide à pénétrer le mystère. La forêt devient un monde fantastique.

 

vieilles forêts (39552 octets)

bouleaux (39581 octets)

A Albert Dürer

 

Dans les vieilles forêts où la sève à grands flots


Court du fût noir de l'aulne au tronc blanc des bouleaux,


Bien des fois, n'est-ce pas ? à travers la clairière,


Pâle, effaré, n'osant regarder en arrière,


Tu t'es hâté, tremblant et d'un pas convulsif,


O mon maître Albert Düre, ô vieux peintre pensif !


On devine, devant tes tableaux qu'on vénère,


Que dans les noirs taillis ton oeil visionnaire


Voyait distinctement, par l'ombre recouverts,


Le faune aux doigts palmés, le sylvain aux yeux verts,


Pan, qui revêt de fleurs l'antre où tu te recueilles,


Et l'antique dryade aux mains pleines de feuilles.


    Une forêt pour toi, c'est un monstre hideux.


Le songe et le réel s'y mêlent tous les deux.


Là se penchent rêveurs les vieux pins, les grands ormes


Dont les rameaux tordus font cent coudes difformes,


Et, dans ce groupe sombre agité par le vent,


Rien n'est tout à fait mort ni tout à fait vivant.


Le cresson boit ; l'eau court ; les frênes sur les pentes,


Sous la broussaille horrible et les ronces grimpantes,


Contractent lentement leurs pieds noueux et noirs.


Les fleurs au cou de cygne ont des lacs pour miroirs ;


Et sur vous qui passez et l'avez réveillée,


Mainte chimère étrange à la gorge écaillée,


D'un arbre entre ses doigts serrant ses larges nœuds,


Du fond d'un antre obscur fixe un oeil lumineux.


O végétation ! esprit ! matière ! force !


Couverte de peau rude ou de vivante écorce

 !
Aux bois, ainsi que toi, je n'ai jamais erré,


Maître, sans qu'en mon cœur l'horreur ait pénétré,


Sans voir tressaillir l'herbe, et, par le vent bercées,


Pendre à tous les rameaux de confuses pensées.


Dieu seul, ce grand témoin des faits mystérieux,


Dieu seul le sait, souvent, en de sauvages lieux,


J'ai senti, moi qu'échauffe une secrète flamme,


Comme moi palpiter et vivre avec une âme,


Et rire, et se parler dans l'ombre à demi-voix


Les chênes monstrueux qui remplissent les bois.

 

(16243 octets)

clairière (36733 octets)

le faune aux doigts palmés(39987 octets) les vieux pins (23360 octets)
le songe et le réel (32739 octets) rameaux tordus (38739 octets)
(35159 octets)  (39589 octets)

ronces  de l'églantier (39870 octets)

frênes (34184 octets)

 vivante écorce (33237 octets)

branchage (39455 octets) chêne (39893 octets)

 

 

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 30/09/15